Quand la couture rencontre les beaux-arts…

 

 

Projet : La robe en toile enduite à châssis

 

Description du concept :

 

Fabrication de robes ou d’autres éléments vestimentaires en matière de toile de coton enduite (destinée à la base à la réalisation de châssis à peindre) et les proposer à des artistes peintres. C’est une nouvelle forme de support à peindre, qui réunie les arts de la mode au beaux-arts. Imaginez une galerie d’art remplie de mannequins portant des « robes oeuvre d’art »…

 

Genèse du projet :

 

Cela fait 10 mois que je travaille désormais à temps plein dans un magasin de produits spécialisés beaux-arts. Avec tout le matériel que je côtoie chaque jours, que je réceptionne, mets en rayon, teste, conseille et vends, il est très facile de craquer et d’acheter soi-même de quoi s’occuper l’esprit et les dix doigts !

Un jour, en servant un client et en lui découpant de la toile au mètre, l’idée a commencé à germer…

De la toile enduite c’est quoi ?  C’est de la toile en 100% coton dans mon cas (il en existe aussi en 100% lin), enduite d’un apprêt blanc de type « gesso » qui sert à imperméabiliser la toile et à avoir une base pour la peindre.

Je me suis dis que je pouvais sûrement confectionner quelque chose dans cette matière, que cela ne doit pas être plus difficile à travailler que du cuir ou du simili.

C’est quelques mois plus tard que je suis tombée par hasard sur un nuancier de bombe aérosol que nous vendons au magasin.

J’ai de suite pris mon petit carnet à croquis et j’ai commencé à gribouiller une robe, que je voyais parfaitement dans les teintes cuivrées de cet échantillon. La matière de la toile était devenue lumineuse, je voyais toujours les fibres de coton formant comme une trame.

Un côté un peu futuriste, un peu steampunk, tout en étant féminin et très élégant… Mon modèle était né !

 

Conception :

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Croquis de la robe en couleur
Dessin technique du dos

 

J’ai réalisé le patron de la robe sur les mesures de mon mannequin de couture, ce qui correspond à une taille 38 environ.

J’ai choisis une taille dite « standard » car la robe ne sera pas portable in fine. On pourrait envisager une séance photo ou un défilé mais je doute beaucoup de l’aisance de mouvement une fois dedans. La robe sera donc destinée à être présentée sur un mannequin de couture ou de vitrine.

Une fois la forme définie, j’ai calculé ma consommation de matière et j’ai fais des tests de couture et peinture.

J’ai utilisé un point large avec un réglage de tension au maximum sur ma machine à coudre de marque PFAFF, avec une aiguille à cuir n°90 BOHIN. Comme je m’en doutais auparavant, cette matière se travaille comme du cuir ou du simili !

 

Réalisation : 

 

Après avoir réalisé mes différents tests, j’ai découpé mes pièces dans la toile enduite et je les ai peintes à l’aérosol cuivré :

Il a fallu deux couches de bombe pour obtenir un recouvrement uniforme et brillant. Une fois sec, j’ai pu passer au montage des éléments.

 

Finitions : 

 

J’ai fais le choix de re-peindre les surpiqûres en cuivré iridescent afin de donner un effet d’optique de baleine pour rappeler mon amour de la corseterie. J’ai également posé des œillets à la presse (136 œillets !) afin de faire un laçage dorsale intégrale.

 

 

Résultats final : 

 

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La robe a une forme sirène, le haut est un bustier façon lingerie avec des bonnets, le reste de la robe étant près du corps jusqu’au genou et très évasé en forme quille dans le bas.Un volant a été posé devant sur toute la longueur de la robe. La fermeture se fait au dos par un laçage complet partant du haut du dos jusqu’en bas.

Des œillets ont été posés à la presse. Les coutures de la robe sont couchées et surpiquées. Utilisation de colle en gel lorsque les coutures étaient trop compliquées

 

Commentaires : 

 

Dans l’ensemble je suis assez satisfaite du rendu, malgré les difficultés rencontrées sur le chemin. Je me rends compte que mon choix de forme pour la robe fut très audacieux par rapport à la non-maniabilité de la matière.  La toile de coton enduite étant très rigide, des formes plus droites auraient été plus aisées. Le gros volant sur le devant ainsi que les bonnets du bustier furent d’une complexité sans nom à monter, de par leur forme circulaire. De plus, le fait que la robe soit longue l’a rendue très compliquée à manipuler, je devais parfois me mettre debout pour coudre, avec le pied sur la pédale à 1 mètre de distance du plan de travail !

Cette rigidité de la robe l’a fragilisée et abîmée, nous pouvons voir que la toile s’est froissée et « cassée » par endroit.

 

Destination future du projet :

 

Ce prototype m’a permis de développer une idée plus forte de concept : je veux proposer d’autres robes et vêtements en toile enduite à des peintres.

Les vêtements que je réaliserai seront destinés à être peints par des artistes peintres amateurs ou professionnels, de façons collaboratives ou commerciales.

C’est-à-dire que je pourrai être amenée à vendre mes vêtements aux artistes afin qu’ils en fassent ce qu’ils veulent, ou que je collabore avec eux sur le principe du partenariat, et qu’ils devront me citer dans toutes expositions, ventes, ou utilisations de mes vêtements.

Les modèles de vêtements peuvent variés selon le souhait de l’artiste peintre ou mon propre souhait. Je peux tout à fait imaginer un travail collaboratif avec l’artiste, ou l’on pourrait échanger sur le projet commun, travailler ensemble, et réunir nos deux univers !

 

Caractéristiques des futurs vêtements en toile enduite à venir :

 

–  ils devront avoir des formes plus simples pour éviter de tordre et de plier la toile

–  favoriser les formes longilignes, éviter tout ce qui est circulaire

–  fermeture par laçage très favorable,  fermeture éclair possible

–  pas de pantalon, de manteau, de chemise, etc…

–  les vêtements seront essentiellement des robes et des bustiers

 

Le mot de la fin : 

 

Avec mon parcours atypique et ce projet, je crois avoir trouvé un excellent compromis entre mon travail et ma passion. Moi qui ne jurais que par la couture les dix dernières années, j’ai effectué un changement de cap en 2018 en reprenant le salariat, dans ce magasin de matériel de beaux-arts.

Aujourd’hui je suis heureuse et épanouie dans tous les domaines. Si j’arrive à mener mon projet au bout, ce sera pour moi un accomplissement général, et la preuve de ma conviction intime que le secret du bonheur : c’est de faire que ce que l’on aime…